nætur
Hormone / complément

Mélatonine

N-acétyl-5-méthoxytryptamine

Autres noms : N-acétyl-5-méthoxytryptamine, 5-méthoxy-N-acétyltryptamine, aMT

La mélatonine, hormone endogène de la glande pinéale, est l'un des chronobiotiques les mieux étudiés. À 0,5 mg avant le coucher local, elle réduit les symptômes de jet lag avec un NNT de 2 (méta-analyse Cochrane). À 1 mg, elle contribue à réduire le temps d'endormissement (allégation EFSA validée). Le bénéfice dépend autant de la dose que du timing — et son métabolisme dépend du CYP1A2, source de plusieurs interactions médicamenteuses cliniquement significatives.

Ces informations sont fournies à titre éducatif uniquement et ne remplacent pas un avis médical professionnel. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié avant d'entreprendre tout traitement, en particulier en cas de pathologie chronique, de grossesse ou de prise médicamenteuse.

En bref

Hormone du rythme circadien, la mélatonine agit comme signal temporel exogène. Allégations EFSA validées : 0,5 mg pour le jet lag, 1 mg pour le temps d'endormissement. Demi-vie courte (1-2 h en libération immédiate). Métabolisme à 90 % par le CYP1A2 (interactions avec fluvoxamine, oméprazole, contraceptifs oraux). En France : complément alimentaire < 2 mg/jour, médicament sur prescription au-delà. ANSES déconseille chez la femme enceinte, l'enfant, les personnes épileptiques, asthmatiques ou auto-immunes.

Ce que disent les études

Hormone endogène de la glande pinéale, la mélatonine est l'un des chronobiotiques les mieux étudiés. Évidence robuste pour le jet lag (Cochrane Herxheimer 2002, NNT=2 entre 0,5 et 5 mg). Évidence modérée pour la réduction du temps d'endormissement à 1 mg (allégation EFSA validée) et pour le retard de phase (DSWPD) avec 0,3-3 mg prise 4-6 h avant le coucher souhaité. Métabolisme à 90 % par le CYP1A2, source d'interactions cliniquement significatives. En France : complément <2 mg/jour, médicament sur prescription au-delà. L'ANSES déconseille chez plusieurs populations à risque.

SymptômePreuveConclusionDose étudiéeSources
Jet lagFortes

Méta-analyse Cochrane de 10 essais randomisés contrôlés

La méta-analyse Cochrane Herxheimer 2002 (10 RCT) conclut à une efficacité robuste pour la prévention et le traitement du jet lag chez les voyageurs transméridiens. Les doses entre 0,5 et 5 mg sont équivalentes ; 5 mg accélère l'endormissement. Effet particulièrement net pour les voyages vers l'est traversant ≥5 fuseaux horaires.

Limite : Une prise trop précoce dans la journée peut paradoxalement aggraver la désynchronisation

0.5-5 mg · libération immédiate, voie orale · première nuit puis 2 à 4 nuits suivantes à destination

Délai : Effet observable dès la première nuit

Réduction du temps d'endormissementModérées

Méta-analyse de 19 essais randomisés + allégation EFSA validée

La méta-analyse Ferracioli-Oda 2013 (19 RCT, 1 683 sujets) documente une réduction moyenne du temps d'endormissement d'environ 7 minutes et une augmentation de 8 minutes du temps total de sommeil. L'effet est modeste mais constant, sans phénomène de désensibilisation sur la durée des essais. L'EFSA a validé une allégation de santé à 1 mg pour la réduction du temps d'endormissement.

Limite : Effet modeste en absolu (~7 minutes sur la latence)

0.5-5 mg · libération immédiate, voie orale, 30-60 min avant le coucher · cures courtes recommandées en l'absence d'avis médical

Délai : Dès la première prise

Retard de phase du sommeil (DSWPD)Modérées

Revue systématique de 12 essais randomisés (Auld 2017)

La revue Auld 2017 (Sleep Med Rev) identifie le retard de phase du sommeil (DSWPD) comme l'une des indications les mieux étayées pour la mélatonine exogène. La dose de 0,3 à 3 mg prise 4 à 6 heures avant l'heure souhaitée d'endormissement permet un avancement de phase circadien. À combiner avec une exposition matinale à la lumière vive pour potentialiser l'effet.

Limite : Timing crucial : une prise mal calée est contre-productive

0.3-3 mg · libération immédiate, voie orale · plusieurs semaines selon protocole

Délai : Plusieurs jours à semaines

Syndrome hypernycthéméral chez la personne aveugleModérées

Essais randomisés inclus dans la revue Auld 2017

Chez les personnes aveugles atteintes du syndrome hypernycthéméral (N24), la mélatonine 0,5 mg prise à heure fixe quotidienne (vers 21 h) permet une resynchronisation circadienne avec un cycle 24 h. Indication d'AMM aux États-Unis (tasimelteon analogue) ; en France, prise en charge spécialisée.

Limite : Indication spécialisée nécessitant un suivi par un médecin du sommeil

0.5-0.5 mg · libération immédiate, voie orale · long terme sous suivi spécialisé

Délai : Plusieurs semaines

Sécurité : Tolérance correcte à court terme. ANSES déconseille chez femme enceinte, enfant, épileptique, asthmatique, auto-immune. Éviter avec fluvoxamine (CYP1A2). Voir précautions et interactions.

Quels sont les bienfaits documentés ?

La mélatonine est l'hormone du rythme circadien synthétisée par la glande pinéale. Elle est étudiée pour le jet lag (claim EFSA 0,5 mg), la réduction du temps d'endormissement (claim EFSA 1 mg) et plusieurs troubles du sommeil. En France, elle est commercialisée comme complément alimentaire en deçà de 2 mg par jour, et comme médicament sur prescription au-delà.

  • Réduit la durée et la sévérité du jet lag dès 0,5 mg pris à l'heure de coucher locale, NNT = 2 [2]
  • Réduit le temps d'endormissement d'environ 7 minutes en moyenne (méta-analyse 19 RCT, 1 683 sujets) [3]
  • Allégation de santé EFSA validée à 1 mg pour la réduction du temps d'endormissement [6],[8]
  • Améliore l'endormissement chez les personnes atteintes de retard de phase (DSWPD), où l'évidence est l'une des plus solides [4]
  • Resynchronise le rythme circadien chez les personnes aveugles atteintes du syndrome hypernycthéméral (N24) [4]
  • Action sur le sommeil sans dépendance physique ni rebond documenté [3]
  • Hormone endogène — pas d'effet métabolique systémique persistant aux doses étudiées [1]

Histoire et tradition

La mélatonine n'a pas d'usage traditionnel ancien — c'est une molécule endogène, identifiée tardivement par la science. Son isolement remonte à 1958, lorsque le dermatologue Aaron B. Lerner et son équipe de Yale extraient de plus de 250 000 glandes pinéales bovines une substance capable d'éclaircir la peau des batraciens : ils la baptisent mélatonine, contraction de mélanophore et sérotonine[10].

Les deux décennies suivantes établissent son rôle de chef d'orchestre du rythme circadien. Dans les années 1980, les travaux d'Alfred Lewy, Robert Sack et Charmane Eastman aux États-Unis démontrent que l'administration de mélatonine exogène, calée sur la courbe de sécrétion endogène (DLMO — Dim Light Melatonin Onset), permet de déplacer la phase circadienne et d'aider les voyageurs transméridiens, les travailleurs postés et les personnes aveugles atteintes du syndrome hypernycthéméral (N24).

L'usage médical s'institutionnalise à partir des années 2000. La revue Cochrane de Herxheimer et Petrie sur le jet lag (2002) est l'une des premières méta-analyses à conclure à une efficacité robuste sur ce trouble circadien[2]. En 2007, l'Agence européenne du médicament (EMA) autorise Circadin — mélatonine à libération prolongée 2 mg — pour l'insomnie primaire chez les adultes de plus de 55 ans, en cure courte. En 2018, Slenyto obtient une AMM européenne pour les troubles du sommeil chez l'enfant et l'adolescent avec trouble du spectre autistique ou syndrome de Smith-Magenis.

En parallèle, la mélatonine est commercialisée comme complément alimentaire dans la plupart des pays, à des doses faibles. En France, le statut est dual : en dessous de 2 mg par jour, elle relève du complément alimentaire ; au-delà, elle bascule dans le statut de médicament et nécessite une prescription. L'ANSES, dans son avis de février 2018, a recommandé un encadrement par un professionnel de santé et a identifié plusieurs populations à risque[9]. L'EFSA, de son côté, a validé deux allégations de santé sur des doses précises — 0,5 mg pour le jet lag et 1 mg pour la réduction du temps d'endormissement — reprises par le règlement (UE) 432/2012[6],[7],[8].

La mélatonine occupe aujourd'hui une place singulière dans la pharmacopée du sommeil : ni véritablement hypnotique, ni simple chronobiotique, elle agit comme un signal temporel exogène dont l'effet dépend autant de la dose que du timing de prise.

Composition et principes actifs

La mélatonine est une indolamine de formule chimique C13H16N2O2 et de masse molaire 232 g/mol. Elle dérive du tryptophane via une chaîne biosynthétique conservée à travers le règne vivant — elle est retrouvée chez les mammifères, les oiseaux, les poissons, mais aussi les bactéries, les algues et de nombreuses plantes.

Biosynthèse endogène

Chez l'humain, la glande pinéale est le site principal de synthèse nocturne. La voie biochimique enchaîne : tryptophane → 5-hydroxytryptophane (5-HTP, via tryptophane hydroxylase) → sérotonine (via DOPA décarboxylase) → N-acétylsérotonine (via l'arylalkylamine N-acétyltransférase, AANAT, enzyme limitante) → mélatonine (via hydroxyindole-O-méthyltransférase, HIOMT). La sécrétion est inhibée par la lumière vive et activée par l'obscurité, sous contrôle du noyau suprachiasmatique de l'hypothalamus. Les pics plasmatiques nocturnes endogènes atteignent typiquement 80-150 pg/mL chez le jeune adulte et déclinent avec l'âge.

Des sites secondaires de production ont été identifiés (rétine, intestin, peau, moelle osseuse) — ils ne contribuent quasiment pas à la mélatonine plasmatique mais exercent des effets paracrines locaux.

Pharmacocinétique de la mélatonine exogène

Les paramètres pharmacocinétiques sont marqués par une forte variabilité interindividuelle liée au premier passage hépatique[1] :

  • Biodisponibilité orale : de 1 % à 74 % selon la formulation et l'individu[1]. Cette dispersion explique en partie l'hétérogénéité des résultats cliniques.
  • Temps au pic plasmatique (Tmax) : 20 à 60 minutes pour la forme à libération immédiate.
  • Demi-vie d'élimination (T½) : 1 à 2 heures pour la libération immédiate ; environ 3,5 heures pour les formes à libération prolongée[1].
  • Fixation aux protéines plasmatiques : 61 à 78 % à l'albumine[1].

Métabolisme et élimination

Environ 90 % de la mélatonine est métabolisée par le CYP1A2 hépatique, avec une contribution mineure du CYP2C19[1]. Le métabolite principal, le 6-hydroxymélatonine, est conjugué (sulfate ou glucuronide) puis excrété par voie urinaire sous forme de 6-sulfatoxymélatonine (6-SMT) — biomarqueur utilisé en recherche pour quantifier la sécrétion endogène.

Cette dépendance forte au CYP1A2 explique la plupart des interactions médicamenteuses cliniquement significatives, notamment avec la fluvoxamine qui multiplie l'aire sous courbe plasmatique par 2,8[5].

Récepteurs et mécanismes d'action

La mélatonine se lie à deux récepteurs couplés aux protéines G :

  • MT1 (MTNR1A) — exprimé dans le noyau suprachiasmatique, l'hypophyse et plusieurs tissus périphériques. Médiateur principal de l'effet hypnogène (induction du sommeil).
  • MT2 (MTNR1B) — médiateur du déplacement de phase circadienne et impliqué dans la régulation glucidique nocturne. Des polymorphismes de MTNR1B modulent la réponse glycémique au soir.

Elle exerce également une activité antioxydante directe par piégeage de radicaux libres, mais à des concentrations supraphysiologiques sans pertinence clinique aux doses étudiées dans le sommeil.

Spécificités selon la forme galénique

  • Libération immédiate (LI) : pic rapide, demi-vie courte — convient à l'endormissement et au jet lag.
  • Libération prolongée (LP) : pic plus tardif et étalé, mimant mieux la courbe physiologique nocturne — indication d'AMM EU pour l'insomnie de l'adulte >55 ans (Circadin).
  • Sublinguale ou orodispersible : contournement partiel du premier passage hépatique, biodisponibilité potentiellement supérieure.
  • Sources végétales : extraits de Phyllanthus emblica (amla), de riz germé ou de café vert contiennent des traces de mélatonine, mais les teneurs sont faibles et la standardisation imparfaite.

Posologie : comment utiliser la Mélatonine ?

Jet lag (vols traversant ≥5 fuseaux horaires)

  • Dose : 0,5 à 5 mg, libération immédiate, prises équivalentes en efficacité[2]
  • Timing : proche de l'heure de coucher locale à destination (22 h à 00 h)[2]
  • Durée : la première nuit puis 2 à 4 nuits suivantes
  • Allégation EFSA : 0,5 mg le premier jour de voyage et les jours suivants[7]
  • Bénéfice attendu : réduction franche des symptômes de jet lag, particulièrement pour les voyages vers l'est ; nombre de sujets à traiter = 2 dans la méta-analyse Cochrane[2]

Réduction du temps d'endormissement (adulte)

  • Dose : 1 mg, 30 à 60 minutes avant l'heure de coucher souhaitée
  • Allégation autorisée UE : « la mélatonine contribue à réduire le temps d'endormissement » à 1 mg par portion[6],[8]
  • Effet documenté : réduction moyenne d'environ 7 minutes du temps d'endormissement et augmentation de 8 minutes du temps total de sommeil dans la méta-analyse de Ferracioli-Oda (19 essais, 1 683 sujets)[3]
  • Tolérance : pas de phénomène de désensibilisation rapporté sur la durée des essais[3]

Insomnie d'endormissement primaire (adulte)

  • Dose : 0,5 à 5 mg, libération immédiate, 30 à 60 minutes avant le coucher[1]
  • Évidence : effet modeste mais constant sur la latence d'endormissement dans la revue Auld (12 essais randomisés)[4]
  • Durée : cures courtes recommandées ; au-delà de quelques semaines, encadrement médical conseillé
  • À privilégier : sujets sans hypnotique conventionnel et désireux d'éviter la dépendance aux benzodiazépines

Retard de phase du sommeil (DSWPD)

  • Dose : 0,3 à 3 mg, libération immédiate
  • Timing : 4 à 6 heures avant l'heure souhaitée d'endormissement (avancement de phase)[4]
  • Combiner avec exposition matinale à la lumière vive pour potentialiser l'effet circadien
  • Indication où la mélatonine présente l'une des évidences les plus convaincantes[4]

Insomnie de l'adulte de plus de 55 ans

  • Forme : mélatonine à libération prolongée 2 mg (Circadin)
  • Dose : 2 mg, 1 à 2 heures avant le coucher
  • Durée : ≤13 semaines en cure initiale (AMM EU)
  • Bénéfice ciblé : qualité du sommeil et vigilance matinale chez les sujets en déficit de sécrétion endogène lié à l'âge

Syndrome hypernycthéméral chez la personne aveugle

  • Dose : 0,5 mg, libération immédiate
  • Timing : vers 21 h, à heure fixe quotidienne
  • Permet une resynchronisation circadienne avec un cycle 24 h[4]
  • Suivi par un médecin spécialiste du sommeil recommandé

Formes et préparations

Forme Dose typique Tmax / T½ Usage privilégié Statut FR
Libération immédiate (comprimé, gélule) 0,5 à 1,9 mg 20-60 min / 1-2 h[1] Endormissement, jet lag Complément alimentaire
Libération prolongée (Circadin 2 mg, Slenyto 1-5 mg) 2 à 5 mg ~3 h / ~3,5 h[1] Insomnie adulte >55 ans, troubles du sommeil enfant ASD (Slenyto) Médicament sur prescription (AMM EU)
Sublinguale / orodispersible 0,5 à 1,9 mg ~10-20 min / 1-2 h Action rapide, contourne partiellement le premier passage hépatique Complément alimentaire
Spray, gommes, sirop 0,5 à 1,9 mg Variable Confort de prise (enfant, voyageur), standardisation à vérifier Complément alimentaire
« Mélatonine végétale » traces à quelques mg équivalent Variable Sources : Phyllanthus emblica, riz germé, café vert. Standardisation imparfaite Complément alimentaire
Mélatonine ≥2 mg (toutes formes) ≥2 mg Selon galénique Insomnie sous encadrement médical, troubles circadiens documentés Médicament sur prescription en France[9]

Précisions sur les formulations végétales : les extraits dits « de mélatonine végétale » (notamment de Phyllanthus emblica, parfois associés à des extraits de riz fermenté ou de pétales de fleurs) contiennent des quantités très variables de mélatonine. Quand l'étiquetage indique une dose équivalente, les contrôles indépendants montrent une dispersion notable entre lots — privilégier les marques fournissant un certificat d'analyse pour le lot vendu.

Interactions médicamenteuses

La pharmacocinétique de la mélatonine est dominée par le CYP1A2, ce qui rend les co-prescriptions sensibles à cette voie de métabolisation.

Interactions cliniquement majeures :

  • Fluvoxamine — inhibiteur puissant du CYP1A2. La co-administration augmente l'AUC plasmatique de mélatonine d'un facteur 2,8 (von Bahr et al., 2000)[5]. Association à éviter ; en cas de prescription concomitante, surveillance médicale et réduction de la dose de mélatonine.
  • Anticoagulants oraux (warfarine, AVK) — la revue Cochrane sur le jet lag note des signaux nécessitant une vigilance particulière[2]. Surveillance INR conseillée si introduction ou arrêt de la mélatonine chez un patient anticoagulé.
  • Immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus, corticoïdes au long cours) — la mélatonine présente des effets immunomodulateurs ; association déconseillée chez les patients transplantés ou auto-immuns[1],[9].

Interactions nécessitant surveillance :

  • Autres inhibiteurs du CYP1A2 — ciprofloxacine, oméprazole à forte dose, contraceptifs oraux estroprogestatifs : potentialisation théorique des concentrations plasmatiques de mélatonine.
  • Inducteurs du CYP1A2 — tabac, rifampicine, certains anticonvulsivants (carbamazépine, phénytoïne) : réduction possible de l'exposition à la mélatonine.
  • Benzodiazépines, Z-drugs (zolpidem, zopiclone), antihistaminiques sédatifs — somnolence additive[1].
  • Antihypertenseurs (bêta-bloquants, IEC, antagonistes calciques) — la mélatonine peut potentialiser la baisse tensionnelle nocturne. Les bêta-bloquants réduisent en parallèle la sécrétion endogène.
  • Antidiabétiques (metformine, insuline) — modulation possible de la sensibilité à l'insuline le soir, particulièrement chez les porteurs de certains variants du gène MTNR1B. Vigilance glycémique chez les diabétiques.
  • Anticonvulsivants — signal de l'ANSES sur l'épilepsie : association déconseillée hors avis neurologique[9].

Co-substances et précautions de prise :

  • Alcool — à éviter le soir d'une prise (sédation additive, perturbation de l'architecture du sommeil).
  • Caféine — sa demi-vie longue (4-6 h) peut neutraliser l'effet hypnotique de la mélatonine si la dernière prise est tardive.

Synergies thérapeutiques

Association Posologie type Indication Rationnel
Mélatonine + Magnésium (bisglycinate) 1 mg + 200 à 300 mg, le soir Endormissement + relâchement musculaire et nerveux Complémentarité signal circadien (mélatonine) et cofacteur GABAergique (magnésium)
Mélatonine + Valériane 1 mg + 300 à 600 mg d'extrait sec, 30-60 min avant coucher Insomnie d'endormissement avec tension nerveuse Action complémentaire sur le timing (mélatonine) et la sédation (valériane)
Mélatonine + Passiflore 1 mg + 300 mg d'extrait sec Anxiété vespérale gênant l'endormissement Association traditionnelle pour l'anxiété légère du soir
Mélatonine + Glycine 1 mg + 3 g Qualité du sommeil profond Mélatonine déclenche l'endormissement ; glycine favorise la thermorégulation centrale
Mélatonine + L-théanine 1 mg + 100 à 200 mg Endormissement sans inertie matinale Apaisement par L-théanine sans effet sédatif lourd
Mélatonine + Vitamine B6 1 mg + 1,4 mg Soutien biosynthèse endogène B6 = cofacteur de la chaîne tryptophane → sérotonine → mélatonine
Mélatonine + Eschscholtzia 1 mg + 250 à 500 mg Réveils nocturnes associés à des plaintes d'endormissement Mélatonine sur l'initiation ; eschscholtzia sur le maintien

Ces associations relèvent de combinaisons rationnelles fondées sur les mécanismes connus et l'usage courant en officine. Elles ne sont pas systématiquement validées par des essais cliniques dédiés — la majorité de l'évidence porte sur la mélatonine seule. Un avis médical reste utile en cas de traitement chronique ou d'association avec un médicament du système nerveux central.

Contre-indications et précautions

Contre-indications absolues :

  • Hypersensibilité connue à la mélatonine ou à un excipient de la spécialité.
  • Maladies inflammatoires et auto-immunes actives — effet immunomodulateur potentiel (sclérose en plaques, polyarthrite rhumatoïde, lupus, etc.) ; à éviter sans avis médical[1],[9].
  • Patients sous immunosuppresseurs (greffe, traitement biologique) — même justification[9].

Populations à éviter ou à encadrer médicalement (avis ANSES 2018)[9] :

  • Femmes enceintes et allaitantes — données insuffisantes.
  • Enfants et adolescents — sauf prescription médicale dans le cadre d'indications spécifiques (TSA, syndrome de Smith-Magenis) avec spécialités à AMM (Slenyto).
  • Personnes épileptiques — signalements de crises lors d'expositions à la mélatonine en complément alimentaire.
  • Personnes asthmatiques.
  • Personnes souffrant de troubles de l'humeur, du comportement ou de la personnalité.
  • Toute personne sous traitement médicamenteux chronique — interactions possibles à évaluer avec un professionnel.

Précautions d'emploi :

  • Conduite et machines : somnolence résiduelle possible jusqu'à plusieurs heures après la prise.
  • Travail posté de nuit : la prise mal calée peut aggraver la désynchronisation. Demander conseil à un spécialiste du sommeil.
  • Insuffisance hépatique sévère : métabolisme CYP1A2 ralenti — augmenter prudemment la dose.
  • Hypertendus traités : surveillance tensionnelle nocturne en début de traitement.
  • Diabétiques : surveillance glycémique vespérale et matinale, particulièrement si insulinothérapie ou sulfamides hypoglycémiants.

Effets indésirables rapportés (nutrivigilance ANSES + données cliniques)[1],[9] :

  • Fréquents : somnolence diurne, céphalées, vertiges.
  • Moins fréquents : nausées, irritabilité, cauchemars, rêves intenses, troubles digestifs.
  • Rares mais signalés en France : crises d'épilepsie chez sujets prédisposés, troubles de l'humeur, signaux dermatologiques.

Surdosage :

  • À doses très supérieures aux recommandations (>10 mg), pas de toxicité aiguë majeure documentée, mais somnolence excessive, désorientation et céphalées transitoires.
  • En cas de signe d'imprégnation marquée : suspendre la prise et consulter un médecin.

Statut réglementaire en France :

  • Doses < 2 mg/jour : complément alimentaire, vente libre. L'étiquetage doit indiquer les mises en garde (femme enceinte, enfant, etc.).
  • Doses ≥ 2 mg/jour : médicament sur prescription, statut « substance vénéneuse »[9]. Les spécialités Circadin (LP 2 mg) et Slenyto disposent d'une AMM européenne.

L'ANSES recommande une utilisation ponctuelle plutôt que chronique en l'absence d'avis médical, et un encadrement par un professionnel de santé pour identifier d'éventuelles contre-indications ou interactions[9].

Questions fréquentes

Quelle dose de mélatonine prendre pour bien dormir ?

Pour la réduction du temps d'endormissement chez l'adulte, l'EFSA a validé une dose de 1 mg prise 30 à 60 minutes avant le coucher [6],[8]. Pour le jet lag, la méta-analyse Cochrane montre qu'entre 0,5 et 5 mg sont équivalents en efficacité [2] — préférez 0,5 à 1 mg pour limiter la somnolence résiduelle. Au-delà de 2 mg/jour, la mélatonine devient un médicament sur prescription en France [9].

À quel moment prendre la mélatonine ?

Le timing dépend de l'objectif. Pour l'endormissement : 30 à 60 minutes avant le coucher. Pour le jet lag : proche de l'heure de coucher locale à destination, idéalement entre 22 h et minuit [2]. Pour un retard de phase (DSWPD) : 4 à 6 heures avant l'heure souhaitée d'endormissement [4]. Une prise trop précoce dans la journée peut paradoxalement aggraver la désynchronisation.

Quelles interactions médicamenteuses surveiller ?

La mélatonine est métabolisée à 90 % par le CYP1A2 [1]. La fluvoxamine (antidépresseur ISRS, inhibiteur puissant du CYP1A2) multiplie l'AUC plasmatique par 2,8 et nécessite d'éviter l'association [5]. Surveillance INR si vous prenez de la warfarine [2]. Association déconseillée avec les immunosuppresseurs (greffe, biothérapies) en raison de l'effet immunomodulateur théorique [1],[9]. Caféine et alcool tardifs neutralisent l'effet hypnogène.

Quelles populations doivent éviter la mélatonine ?

L'ANSES, dans son avis de février 2018, déconseille la mélatonine en complément alimentaire chez la femme enceinte ou allaitante, les enfants et adolescents (sauf prescription d'un spécialiste, par exemple Slenyto pour le TSA), les personnes épileptiques, asthmatiques, atteintes de maladies inflammatoires ou auto-immunes, et celles présentant des troubles de l'humeur, du comportement ou de la personnalité [9]. Toute personne sous traitement chronique devrait demander un avis médical.

La mélatonine est-elle un médicament ou un complément alimentaire en France ?

Les deux, selon la dose. En deçà de 2 mg par jour, la mélatonine est un complément alimentaire vendu librement avec mentions d'étiquetage obligatoires. À partir de 2 mg/jour, elle bascule dans le statut de médicament sur prescription [9]. Les spécialités à AMM européenne (Circadin 2 mg LP, Slenyto pour l'enfant ASD) sont délivrées sur ordonnance.

Références scientifiques

Références citées

  1. [1] Savage RA, Zafar N, Yohannan S, Lappin SL. Melatonin. StatPearls. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing. 2024. PMID:30521244. URL: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK534823/
  2. [2] Herxheimer A, Petrie KJ. Melatonin for the prevention and treatment of jet lag. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2002;(2):CD001520. PMID:12076414. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12076414/
  3. [3] Ferracioli-Oda E, Qawasmi A, Bloch MH. Meta-analysis: melatonin for the treatment of primary sleep disorders. PLoS One. 2013;8(5):e63773. PMID:23691095. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23691095/
  4. [4] Auld F, Maschauer EL, Morrison I, Skene DJ, Riha RL. Evidence for the efficacy and safety of exogenous melatonin in primary adult sleep disorders. Sleep Medicine Reviews. 2017;34:10-22. PMID:28648359. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28648359/
  5. [5] von Bahr C, Ursing C, Yasui N, Tybring G, Bertilsson L, Röjdmark S. Fluvoxamine but not citalopram increases serum melatonin in healthy subjects — an indication that cytochrome P450 CYP1A2 and CYP2C19 hydroxylate melatonin. European Journal of Clinical Pharmacology. 2000;56(2):123-127. PMID:10877005. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10877005/
  6. [6] Commission Regulation (EU) No 432/2012 of 16 May 2012 establishing a list of permitted health claims made on foods. Official Journal of the European Union L 136. URL: https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX:32012R0432
  7. [7] EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies (NDA). Scientific Opinion on the substantiation of health claims related to melatonin and alleviation of subjective feelings of jet lag (ID 1953), and reduction of sleep onset latency, and improvement of sleep quality (ID 1953) pursuant to Article 13(1) of Regulation (EC) No 1924/2006. EFSA Journal. 2010;8(2):1467. URL: https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2010.1467
  8. [8] EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies (NDA). Scientific Opinion on the substantiation of a health claim related to melatonin and reduction of sleep onset latency (ID 1698, 1780, 4080) pursuant to Article 13(1) of Regulation (EC) No 1924/2006. EFSA Journal. 2011;9(6):2241. URL: https://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/2241
  9. [9] ANSES. Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine. Saisine n° 2016-SA-0209. 23 février 2018. URL: https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2016SA0209.pdf
  10. [10] Lerner AB, Case JD, Takahashi Y, Lee TH, Mori W. Isolation of melatonin, the pineal gland factor that lightens melanocytes. Journal of the American Chemical Society. 1958;80(10):2587. URL: https://pubs.acs.org/doi/10.1021/ja01543a060