Magnésium
Mg (numéro atomique 12)
Le magnésium, cofacteur de plus de 300 enzymes, est l'un des minéraux les plus consommés au monde. Les ANC sont de 310-420 mg/jour selon le sexe. La biodisponibilité varie de 4-10 % (oxyde) à >40 % (bisglycinate, L-thréonate). Allégations EFSA validées sur fatigue, fonction musculaire, système nerveux et équilibre électrolytique. À privilégier pour le sommeil chez le sujet âgé déficient (essai RCT Abbasi 2012, n=46, +500 mg/j pendant 8 semaines) et en prévention de la migraine (300-600 mg/j).
En bref
Cation Mg²⁺, cofacteur enzymatique majeur, ANC 310-420 mg/jour. Les formes organiques chélatées (bisglycinate, L-thréonate) sont mieux tolérées et plus biodisponibles que l'oxyde. Indications les mieux étayées : insomnie chez le sujet âgé déficient [2,3], prévention de la migraine (300-600 mg/jour) [9], stress subjectif chez les déficients [5]. Contre-indication majeure : insuffisance rénale sévère (DFG <30). Interactions importantes par chélation (tétracyclines, fluoroquinolones, bisphosphonates) et par déplétion (IPP, diurétiques).
Ce que disent les études
Cofacteur de plus de 300 enzymes, le magnésium est l'un des minéraux les plus consommés au monde. Les apports nutritionnels conseillés (ANC) sont de 310-420 mg/jour selon le sexe. Sur le sommeil, l'évidence est modeste mais cohérente, plus nette chez les sujets âgés déficients (Abbasi 2012, 500 mg/jour 8 semaines). Les formes organiques chélatées (bisglycinate, L-thréonate) sont mieux tolérées et plus biodisponibles que l'oxyde. Effet modeste documenté sur le stress subjectif chez les déficients.
| Symptôme | Preuve | Conclusion | Dose étudiée | Sources |
|---|---|---|---|---|
| Sommeil et insomnie | Modérées Essai randomisé contrôlé (n=46) + méta-analyse + RCT récent sur le L-thréonate | Chez le sujet âgé avec insomnie primaire, la supplémentation améliore significativement l'ISI, la latence d'endormissement, l'efficacité et la durée de sommeil. La méta-analyse Mah-Pitre 2022 confirme un effet modeste mais cohérent, surtout dans les populations déficientes. La forme L-thréonate (Magtein) a montré dans un RCT 2024 une amélioration de la qualité du sommeil et de la fonction diurne chez l'adulte non âgé. Limite : Évidence plus nette chez les sujets déficients ou âgés | 200-500 mg/day · magnésium élémentaire, bisglycinate, citrate ou L-thréonate, le soir · 4 à 8 semaines Délai : 4 à 8 semaines | |
| Stress subjectif | Limitées Revue systématique d'essais randomisés (Boyle 2017, Nutrients) | La revue systématique Boyle 2017 documente un effet modeste sur le stress subjectif, principalement chez les sujets en insuffisance magnésienne. L'association avec la vitamine B6 améliore la rétention intracellulaire et est largement utilisée en officine. Limite : Hétérogénéité des essais ; effet moins net chez les sujets en réplétion magnésique | 300-400 mg/day · magnésium élémentaire, bisglycinate ou citrate, souvent associé à 5-20 mg de vitamine B6 · 8 semaines minimum Délai : 4 à 8 semaines |
Sécurité : Très bien toléré jusqu'à 350 mg/jour suppl. Contre-indiqué en insuffisance rénale sévère. Espacer ≥2 h des tétracyclines, fluoroquinolones, bisphosphonates. Voir précautions et interactions.
Quels sont les bienfaits documentés ?
Le magnésium est un minéral essentiel cofacteur de plus de 300 réactions enzymatiques. Largement étudié pour le sommeil, le stress, les crampes, la migraine et la santé cardiovasculaire, il existe sous de nombreuses formes galéniques aux biodisponibilités très différentes — du peu absorbable oxyde aux mieux tolérés glycinate, citrate et L-thréonate.
- Améliore l'ISI, la latence d'endormissement, l'efficacité et le temps de sommeil chez le sujet âgé (RCT Abbasi 2012, n=46, 500 mg/jour, 8 semaines) [2]
- Effet modeste mais cohérent sur l'insomnie dans la méta-analyse Mah-Pitre 2022, surtout en population déficiente [3]
- Améliore la qualité du sommeil et la fonction diurne sous forme L-thréonate (Hausenblas 2024, Sleep Med X) [4]
- Réduit le stress subjectif chez les sujets en insuffisance magnésienne (revue systématique Boyle 2017) [5]
- Recommandé pour la prévention de la migraine (300-600 mg/jour) par l'American Headache Society [9]
- Allégations EFSA validées : fatigue, fonction musculaire, système nerveux, équilibre électrolytique [6]
- Effet anti-hypertenseur modeste (2-4 mmHg systolique) en association avec d'autres mesures [1]
Histoire et tradition
Le magnésium tire son nom de la région de Magnesia, en Thessalie grecque, où ses sels naturels (sulfates de magnésium, les fameux sels d'Epsom) étaient utilisés dès l'Antiquité pour leurs propriétés laxatives et leur effet relaxant. La source thermale d'Epsom, en Angleterre, donna à partir du XVIIᵉ siècle son nom à ces sels recommandés contre la constipation, les douleurs articulaires et le tétanos puerpéral.
L'identification du magnésium comme élément chimique distinct revient à Joseph Black en 1755, et son isolement comme métal est réalisé par Humphry Davy en 1808. Au cours du XIXᵉ siècle, on découvre que le magnésium est un constituant majeur de la chlorophylle — c'est l'atome central qui permet la photosynthèse, faisant de cet élément un pont chimique entre les règnes végétal et animal.
L'usage médical moderne s'institutionnalise au début du XXᵉ siècle avec l'introduction du sulfate de magnésium par voie intraveineuse pour le traitement de l'éclampsie et des arythmies graves — protocoles toujours en vigueur en obstétrique et en cardiologie d'urgence. Au cours des décennies suivantes, la recherche met progressivement en évidence le rôle du magnésium comme cofacteur de plus de 300 systèmes enzymatiques — synthèse protéique, fonction musculaire et nerveuse, contrôle de la glycémie, régulation de la pression artérielle, métabolisme énergétique mitochondrial[1].
Aujourd'hui, le magnésium est l'un des compléments alimentaires les plus consommés au monde. Il bénéficie d'allégations de santé européennes reconnues (règlement UE 432/2012) couvrant la fatigue, la fonction musculaire, le système nerveux et l'équilibre électrolytique. Sa diversité galénique — sels inorganiques peu absorbés, sels organiques bien tolérés, formes chélatées modernes comme le bisglycinate ou le L-thréonate — reflète quarante années de raffinement pharmaceutique pour améliorer biodisponibilité, tolérance digestive et passage de la barrière hémato-encéphalique.
Composition et principes actifs
Le magnésium (Mg, numéro atomique 12, masse atomique 24,3 g/mol) est un cation divalent (Mg²⁺) qui circule dans l'organisme sous trois pools : intracellulaire (≈99 % du magnésium total, dont la moitié dans l'os), extracellulaire (1 %, en équilibre dynamique avec l'os et les cellules) et lié aux protéines plasmatiques (≈30 % du magnésium plasmatique, surtout l'albumine).
Pharmacocinétique et absorption
L'absorption intestinale du magnésium est modulée par la dose et la forme : à dose habituelle (200-400 mg), l'absorption oscille entre 30 % et 50 % ; elle chute en dessous de 20 % à doses élevées (saturation des transporteurs)[1]. L'absorption se fait majoritairement dans l'intestin grêle, par voie paracellulaire passive et par voie transcellulaire active via les canaux TRPM6/TRPM7.
Plusieurs facteurs modulent l'absorption :
- Stimulants : vitamine D (active TRPM6), pH gastrique normal, présence de protéines.
- Inhibiteurs : doses élevées de calcium, phytates (céréales complètes, légumineuses), oxalates (épinards, rhubarbe), fibres insolubles, alcool, café en excès, IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) au long cours, diurétiques de l'anse et thiazidiques.
L'élimination est principalement rénale (60-70 %), avec une réabsorption tubulaire fine. La fonction rénale est donc un déterminant majeur de l'homéostasie magnésique — l'insuffisance rénale entraîne un risque d'hypermagnésémie en cas de supplémentation.
Comparaison des formes galéniques
La dose élémentaire (quantité de Mg²⁺ effectivement disponible) varie selon le sel : un comprimé de citrate de magnésium 1 000 mg contient ≈155 mg de magnésium élémentaire (16 %) ; un comprimé d'oxyde de magnésium 500 mg en contient ≈300 mg (60 %), mais avec une biodisponibilité bien plus faible.
- Oxyde : forte teneur élémentaire mais biodisponibilité estimée à 4-10 % ; effet laxatif marqué ; peu recommandé pour la correction d'un déficit[1].
- Citrate : bonne solubilité, bonne biodisponibilité ; léger effet laxatif ; rapport coût-efficacité favorable.
- Bisglycinate (glycinate) : magnésium chélaté à deux molécules de glycine ; très bien toléré digestivement, biodisponibilité élevée ; convient au sommeil, au stress et aux populations à intestin sensible[5].
- L-thréonate (Magtein®) : forme la plus étudiée pour le passage de la barrière hémato-encéphalique ; un essai contrôlé randomisé récent (Hausenblas 2024, Sleep Med X) rapporte des améliorations significatives du sommeil et de la fonction diurne[4].
- Malate : implication dans le cycle de Krebs ; intéressant pour la fatigue musculaire et la fibromyalgie selon des données préliminaires.
- Taurate / acétyl-taurate : magnésium associé à la taurine, intérêt cardiovasculaire suggéré.
- Marin (extrait d'eau de mer) : forme naturelle riche en oligo-éléments, biodisponibilité variable selon le procédé.
- Sulfate (sels d'Epsom) : usage externe (bains) ou voie IV en urgence ; voie orale = laxatif puissant.
Rôle biologique et déficience
Le magnésium est cofacteur de plus de 300 enzymes — notamment les ATPases (transfert d'énergie), les kinases (signalisation), la synthèse d'acides nucléiques et la stabilisation des structures membranaires. Il module l'excitabilité neuromusculaire en antagonisant le calcium aux jonctions neuromusculaires et bloque les récepteurs NMDA glutamatergiques au repos.
La déficience magnésienne franche est rare en population générale mais l'insuffisance subclinique (apports < 2/3 des ANC, magnésium érythrocytaire bas) toucherait 20-30 % des adultes français selon les enquêtes alimentaires. Les marqueurs biologiques restent imparfaits : le magnésium sérique (normal 0,75-0,95 mmol/L) sous-estime la déficience tissulaire, le magnésium érythrocytaire et le test de charge intraveineuse sont plus sensibles mais peu utilisés en routine[1],[10].
Posologie : comment utiliser le Magnésium ?
Apport quotidien recommandé (ANC)
- Homme adulte : 400-420 mg/jour de magnésium élémentaire[1]
- Femme adulte : 310-320 mg/jour[1]
- Grossesse / allaitement : +40 mg/jour
- Sportif d'endurance, exposition à la chaleur ou stress chronique : +50 à 100 mg/jour
- Limite supérieure (UL) issue de la supplémentation : 350 mg/jour de magnésium élémentaire au-dessus des apports alimentaires[1]
Insomnie d'endormissement (sujet âgé ou adulte)
- Dose : 200 à 500 mg de magnésium élémentaire le soir, sous forme bien tolérée (bisglycinate, L-thréonate, citrate)
- Évidence : essai randomisé contrôlé d'Abbasi (n=46, sujets âgés, 500 mg/jour 8 semaines) montrant une amélioration significative de l'ISI, de la latence d'endormissement, du temps de sommeil et de l'efficacité du sommeil[2]
- Méta-analyse Mah et Pitre 2022 : effet modeste mais cohérent, en particulier dans les populations déficientes ou âgées[3]
- Cure recommandée : 4 à 8 semaines minimum pour évaluer l'effet
Stress chronique et anxiété subclinique
- Dose : 300 à 400 mg de magnésium élémentaire/jour (bisglycinate ou citrate)
- Souvent associé à la vitamine B6 (5-20 mg) qui améliore la rétention intracellulaire
- Revue systématique Boyle 2017 : effet modeste sur le stress subjectif chez les sujets en insuffisance magnésienne[5]
- Durée : 8 semaines minimum recommandée
Crampes musculaires et fatigue d'effort
- Dose : 200 à 400 mg/jour, idéalement le soir
- Sportifs d'endurance : 300-500 mg/jour, à fractionner en 2 prises pour éviter l'inconfort digestif
- Évidence limitée chez les crampes idiopathiques (revues mitigées), plus robuste chez les sportifs en transpiration importante
- Formes adaptées : bisglycinate, citrate, malate
Prévention de la migraine
- Dose : 300 à 600 mg/jour de magnésium élémentaire, en prévention
- Recommandation soutenue par plusieurs sociétés savantes (American Headache Society)[9]
- Effet attendu après 6 à 8 semaines minimum
- À discuter avec un neurologue en cas de migraine fréquente ou invalidante
Hypertension artérielle légère
- Dose : 300 à 500 mg/jour de magnésium élémentaire
- Effet modeste : réduction moyenne de 2-4 mmHg de la pression systolique selon les méta-analyses[1]
- Ne remplace pas un traitement antihypertenseur — complément utile en association sous suivi médical
- À privilégier les formes organiques (citrate, bisglycinate, taurate)
Formes et préparations
| Forme | Teneur Mg élémentaire | Biodisponibilité | Tolérance digestive | Usage privilégié |
|---|---|---|---|---|
| Oxyde | ≈60 % du sel | Faible (4-10 %)[1] | Médiocre (laxatif) | Constipation occasionnelle ; à éviter pour corriger un déficit |
| Citrate | ≈16 % | Bonne | Bonne (léger effet laxatif) | Usage général, rapport qualité-prix |
| Bisglycinate (glycinate) | ≈14 % | Très bonne[5] | Excellente | Sommeil, stress, intestin sensible |
| L-thréonate (Magtein®) | ≈8 % | Bonne (passage barrière hémato-encéphalique)[4] | Excellente | Sommeil, cognition, fonction diurne |
| Malate | ≈15 % | Bonne | Bonne | Fatigue, fibromyalgie (données préliminaires) |
| Taurate / acétyl-taurate | ≈9 % | Bonne | Bonne | Soutien cardiovasculaire |
| Marin (eau de mer) | Variable | Variable | Bonne | Apport global en oligo-éléments |
| Sulfate (sels d'Epsom) | ≈10 % | Faible per os | Laxatif puissant | Bains (usage externe), médecine d'urgence (IV) |
Conseil pratique : fractionner la dose quotidienne en 2 prises (matin et soir) améliore l'absorption (saturation des transporteurs) et la tolérance digestive. Associer 5-20 mg de vitamine B6 favorise la rétention intracellulaire.
Interactions médicamenteuses
Le magnésium interagit avec plusieurs classes médicamenteuses, principalement par chélation intestinale ou par effet additif sur la pression artérielle et la conduction cardiaque.
Interactions par chélation intestinale (espacement obligatoire de 2 à 6 heures) :
- Tétracyclines (doxycycline, minocycline) — formation de complexes insolubles[1].
- Fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine, ofloxacine) — même mécanisme[1].
- Bisphosphonates oraux (alendronate, risédronate) — absorption fortement réduite[1].
- Lévothyroxine — espacer la prise d'au moins 4 heures.
- Pénicillamine — chélation possible.
Médicaments modifiant le statut magnésien :
- Inhibiteurs de la pompe à protons (oméprazole, ésoméprazole) au long cours : hypomagnésémie possible — surveillance recommandée[1].
- Diurétiques de l'anse (furosémide) et thiazidiques : augmentent les pertes urinaires de magnésium.
- Diurétiques épargneurs de potassium (spironolactone, amiloride) : réduisent au contraire les pertes — risque d'hypermagnésémie en cas de supplémentation associée.
- Aminosides (gentamicine), cisplatine, amphotéricine B, ciclosporine : néphrotoxiques avec déplétion magnésique.
Interactions pharmacodynamiques :
- Antihypertenseurs (bêta-bloquants, inhibiteurs calciques, IEC) — effet hypotenseur additif modéré.
- Curares non dépolarisants — potentialisation du bloc neuromusculaire (anesthésie).
- Digitaliques — l'hypomagnésémie majore la toxicité de la digoxine ; correction du déficit prudente, sans surdosage.
- Antidiabétiques — modulation possible de la sensibilité à l'insuline.
- Lévodopa / carbidopa — réduction d'absorption ; espacer les prises.
Précautions de prise :
- Calcium et fer — la concurrence pour les transporteurs intestinaux justifie d'espacer les prises (≥2 heures).
- Alcool chronique — augmente l'élimination urinaire ; supplémentation souvent indiquée.
Synergies thérapeutiques
| Association | Posologie type | Indication | Rationnel |
|---|---|---|---|
| Magnésium + Vitamine B6 | 300 mg Mg + 5-20 mg B6 | Stress, sommeil, fatigue | B6 cofacteur de la rétention intracellulaire du Mg ; association validée par l'usage |
| Magnésium + Mélatonine | 200-300 mg + 1 mg | Endormissement avec tension | Signal circadien (mélatonine) + relâchement neuromusculaire (Mg) |
| Magnésium + Glycine | 300 mg + 3 g (ou bisglycinate seul) | Sommeil profond | Apaisement (glycine) + cofacteur enzymatique (Mg) |
| Magnésium + Valériane | 300 mg + 300-600 mg extrait sec | Insomnie avec tension nerveuse | Sédation modérée (valériane) + modulation NMDA (Mg) |
| Magnésium + Passiflore | 300 mg + 300 mg extrait sec | Anxiété vespérale | Apaisement complémentaire |
| Magnésium + Vitamine D | 300 mg + 1000-2000 UI | Os, immunité, humeur | Le Mg est cofacteur de l'activation de la vitamine D ; insuffisance souvent associée |
| Magnésium + Coenzyme Q10 | 300 mg + 100 mg | Migraine, fatigue mitochondriale | Approche métabolique combinée |
| Magnésium + Taurine | 300 mg + 1-2 g (ou taurate) | Soutien cardiovasculaire | Effets additifs sur l'excitabilité cardiaque et la régulation tensionnelle |
Contre-indications et précautions
Contre-indications absolues :
- Insuffisance rénale sévère (DFG < 30 mL/min) — risque d'hypermagnésémie, pouvant entraîner faiblesse musculaire, hypotension, bradycardie, arrêt cardiaque dans les formes graves[1].
- Bloc auriculo-ventriculaire de haut degré non appareillé.
- Myasthénie grave — risque de majoration du bloc neuromusculaire.
- Hypersensibilité connue à un excipient.
Précautions d'emploi :
- Insuffisance rénale modérée — adapter la dose, surveillance magnésémie périodique.
- Sujet âgé : faible probabilité de toxicité aux doses physiologiques, mais surveillance rénale conseillée.
- Grossesse et allaitement : sécurité bien établie aux doses physiologiques ; le sulfate de magnésium IV est utilisé en obstétrique (éclampsie, neuroprotection prématurés).
- Enfants : ANC pédiatriques disponibles, supplémentation justifiée en cas de déficit documenté.
- Conduite et machines : à doses standard, pas de retentissement sur la vigilance ; aux doses élevées (>500 mg/prise), somnolence légère possible chez certains sujets.
Effets indésirables :
- Très fréquents (dose-dépendant) : diarrhée et selles molles, surtout avec oxyde, sulfate ou citrate à dose élevée.
- Fréquents : nausées, crampes abdominales en cas de prise à jeun.
- Rares : rougeur, somnolence (formes hautement biodisponibles à dose unique élevée).
- Très rares en utilisation orale : hypermagnésémie (réservée à l'insuffisance rénale ou aux apports massifs >5 g/jour).
Signes d'hypermagnésémie (sévère, exceptionnel par voie orale) :
- Magnésémie 1,5-3 mmol/L : faiblesse musculaire, somnolence, hypotension, rougeur du visage.
- Magnésémie >3 mmol/L : aréflexie, dépression respiratoire, troubles cardiaques.
- Conduite : arrêt immédiat, hydratation, gluconate de calcium IV en milieu hospitalier.
Surveillance recommandée :
- En cure prolongée > 3 mois : magnésémie sanguine et fonction rénale annuelles.
- Cas particuliers : magnésémie érythrocytaire en cas de symptômes persistants malgré une supplémentation orale (déficit intracellulaire isolé).
Statut réglementaire en France :
- Complément alimentaire à apport maximal autorisé fixé par décret (typiquement 200-300 mg de magnésium élémentaire par prise quotidienne, selon les sels). Allégations EFSA reprises par le règlement (UE) 432/2012 sur fatigue, fonction musculaire, système nerveux, équilibre électrolytique[6].
Questions fréquentes
Quelle forme de magnésium choisir ?
Pour le sommeil, le stress et les intestins sensibles : bisglycinate (chélaté à la glycine, très bien toléré) ou L-thréonate (passe la barrière hémato-encéphalique, étudié dans RCT 2024) [4],[5]. Pour un usage général polyvalent et économique : citrate (bonne biodisponibilité, léger effet laxatif). À éviter pour corriger un déficit : oxyde (biodisponibilité 4-10 %, effet laxatif marqué) [1]. La teneur en magnésium élémentaire varie selon le sel — c'est cette teneur élémentaire qui compte, pas le poids total du comprimé.
Quelle dose quotidienne ?
L'apport nutritionnel conseillé (ANC) est de 400-420 mg/jour pour les hommes adultes et 310-320 mg/jour pour les femmes [1]. La limite supérieure de supplémentation au-dessus des apports alimentaires est de 350 mg/jour selon la NIH-ODS. Pour le sommeil : 200-500 mg le soir. Pour la migraine : 300-600 mg/jour [9]. Pour le stress et la fatigue : 300-400 mg/jour, idéalement associé à 5-20 mg de vitamine B6. Fractionner en 2 prises matin-soir améliore l'absorption et la tolérance digestive.
Quelles interactions médicamenteuses ?
Espacement obligatoire de 2 à 6 heures pour les tétracyclines (doxycycline), fluoroquinolones (ciprofloxacine), bisphosphonates oraux et lévothyroxine [1]. Les inhibiteurs de la pompe à protons (oméprazole) au long cours peuvent déplèter le magnésium — surveillance recommandée [1]. Les diurétiques de l'anse et thiazidiques augmentent les pertes urinaires. À l'inverse, les épargneurs de potassium (spironolactone) réduisent les pertes — risque d'hypermagnésémie en cas de supplémentation associée.
Quelles contre-indications ?
Contre-indication absolue : insuffisance rénale sévère (DFG <30 mL/min) — risque d'hypermagnésémie pouvant entraîner faiblesse musculaire, hypotension, bradycardie, voire arrêt cardiaque [1]. Également contre-indiqué en cas de bloc auriculo-ventriculaire de haut degré non appareillé et de myasthénie grave. Précaution chez le sujet âgé (surveillance rénale). Sécurité bien établie pendant la grossesse et l'allaitement aux doses physiologiques.
Magnésium pour mieux dormir : combien de temps avant l'effet ?
L'essai RCT d'Abbasi 2012 a documenté l'effet après 8 semaines de 500 mg/jour chez 46 sujets âgés [2]. La méta-analyse Mah-Pitre 2022 confirme cet effet modeste sur la durée et la qualité du sommeil [3]. Comptez donc 4 à 8 semaines minimum pour évaluer le bénéfice. Si vous êtes en stress chronique et exposé à des pertes accrues (sport, chaleur), une cure de 12 semaines est raisonnable. À associer à une hygiène de sommeil (lumière, écrans, horaires) — le magnésium seul ne suffira pas si ces facteurs sont mal contrôlés.
Références scientifiques
Références citées
- [1] National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements. Magnesium — Fact Sheet for Health Professionals. URL: https://ods.od.nih.gov/factsheets/Magnesium-HealthProfessional/
- [2] Abbasi B, Kimiagar M, Sadeghniiat K, Shirazi MM, Hedayati M, Rashidkhani B. The effect of magnesium supplementation on primary insomnia in elderly: A double-blind placebo-controlled clinical trial. Journal of Research in Medical Sciences. 2012;17(12):1161-1169. PMID:23853635. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23853635/
- [3] Mah J, Pitre T. Oral magnesium supplementation for insomnia in older adults: a Systematic Review and Meta-Analysis. BMC Complementary Medicine and Therapies. 2022;22(1):8. PMID:35184264. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35184264/
- [4] Hausenblas HA, Lynch T, Hooper S, Shrestha A, Rosendale D, Gu J. Magnesium-L-threonate improves sleep quality and daytime functioning in adults with self-reported sleep problems: A randomized controlled trial. Sleep Medicine: X. 2024;8:100121. PMID:39252819. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39252819/
- [5] Boyle NB, Lawton C, Dye L. The Effects of Magnesium Supplementation on Subjective Anxiety and Stress — A Systematic Review. Nutrients. 2017;9(5):429. PMID:28445426. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28445426/
- [6] Commission Regulation (EU) No 432/2012 of 16 May 2012 establishing a list of permitted health claims made on foods. URL: https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX:32012R0432
- [7] ANSES. Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux. URL: https://www.anses.fr/fr/content/les-references-nutritionnelles-en-vitamines-et-mineraux
- [8] de Baaij JHF, Hoenderop JGJ, Bindels RJM. Magnesium in man: implications for health and disease. Physiological Reviews. 2015;95(1):1-46. PMID:25540137. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25540137/
- [9] American Headache Society. The American Headache Society Position Statement On Integrating New Migraine Treatments Into Clinical Practice. Headache. 2019;59(1):1-18. PMID:30536394. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30536394/
- [10] Workinger JL, Doyle RP, Bortz J. Challenges in the Diagnosis of Magnesium Status. Nutrients. 2018;10(9):1202. PMID:30200431. URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30200431/